Les débuts du travail en liberté

La liberté. Qui ne rêve pas d’y avoir accès ? Ici, je parle de liberté dans le sens où le binôme cheval-cavalier évolue sans artifice. Il y a toutefois des nuances à apporter selon si on laisse le cheval libre de ses mouvements, libre de ses pensées, libre de ses choix… C’est également un bon sujet d’article que j’aborderai plus tard.

La plupart du temps, on nous apprend à intégrer la liberté dans notre couple seulement et uniquement quand les bases sont solides. Lorsqu’on a obtenu la confiance de notre cheval, son respect, la connexion au licol… On pourrait même dire que la liberté, c’est la cerise sur le gâteau.

Quand on enlève le licol, une seule chose reste : la vérité

Andy Booth

En revanche, d’autres professionnels préconisent de commencer la liberté au début même de la relation, sans qu’aucun travail au préalable n’ait été réalisé.

Alors, comment se rapprocher de son rêve en se mettant en sécurité et en assurant le fonctionnement global et harmonieux du couple ?


Banaliser la liberté

C’est une question qu’on m’a posée sur Instagram et voici ma réponse : banaliser la liberté. Tout d’abord, plus les exercices sont exposés et acquis tôt dans l’entrainement et plus le cheval développera des connexions neuronales fortes. En d’autres mots, ce sera quelque chose de normal pour lui et il ne verra pas la différence entre avec et sans licol.

De plus, il y a toujours un travail énorme à faire sur soi. Si on commence à considérer la liberté comme une phase importante de la relation, on va se mettre la pression, notre rythme cardiaque va augmenter, nos demandes deviendront de moins en moins claires etc. Conséquence de cela, le cheval, face à ces réactions disproportionnées, n’aura pas confiance en ce que nous faisons et s’en ira. On aura beau penser que rien a changé dans notre manière de demander les comportements/exercices mais le cheval, lui, sentira le stress en nous et associera la liberté à quelque chose de stressant. Ce n’est absolument pas ce que l’on recherche.

Rappelons nous qu’un cheval est considéré comme une proie. Dans sa tête, tout est clair : s’il n’y a pas de danger, il ne faut pas stresser, il ne faut pas s’agiter. Lorsqu’il nous voit sous pression, il pense qu’il est danger et il juge la situation comme étant inconfortable.

C’est exactement pour cela que j’ai utilisé le mot banaliser. Rendre la liberté aussi normale pour lui que pour nous. Nous aussi, nous devons comprendre qu’elle fait partie intégrante de notre relation. Nous devons apprendre à vivre avec elle, à souffler et à tout simplement apprécier ce moment où le lien que nous avons avec notre cheval s’exprime entièrement.


Rester en sécurité

Banaliser la liberté ne veut pas dire lâcher notre cheval n’importe où, n’importe quand et sous n’importe quelle condition.

Dans un premier temps, il faut connaître notre cheval le plus possible : ses frayeurs, ses traumatismes, son énergie, ses émotions… Plus on sera en mesure d’analyser notre cheval instant après instant, et plus il sera facile pour nous d’ajuster nos demandes et notre manière d’être.

Puis, on pourra commencer à utiliser la liberté dans un endroit clôturé pour vérifier le lien qui nous unit à lui. Que ce soit la première séance, la dixième séance, notre premier moment de liberté peut simplement être marcher au pas en harmonie. Ou même avoir notre cheval qui se tient calmement à nos côtés. Beaucoup moins extravagant que ce que l’on peut voir sur internet, mais il ne faut pas minimiser les petites victoires et ces précieux moments.

Doucement par la suite, trouver un lieu où votre cheval se sent bien et où c’est « routinier » pour lui. Il peut très bien s’agir du chemin entre son box et son paddock ou de celui entre la carrière et sa pâture. Le but ici est que nous nous sentons bien pendant cet endroit habituel. Il faut apprendre à canaliser notre énergie et à faire confiance à notre cheval qui connaît déjà parfaitement la route. Cela permettra aussi de rester en sécurité et d’intégrer progressivement la liberté dans notre quotidien.

❗ Ne pas faire cet exercice si le cheval est excité, si nous avons passé une mauvaise journée et que nous avons juste envie de nous prouver quelque chose (je connais bien ce sentiment 😉 ), s’il y a du vent… Prenons le contexte en considération pour ne pas nous faire de frayeur et pour ne pas nous mettre en danger. Une autre astuce pour éviter tout incident est de faire cet exercice avec un cheval ami tenu en longe. Les chevaux sont grégaires et si le nôtre a envie de se déconnecter car nous avons du mal à gérer vos émotions, il ira rejoindre son camarade.

Progressivement, nous sentirons que nous pourrons étendre cet espace dédié à la liberté : des plaines, des champs d’herbe, la plage… Step by step 🙂

Rejoignez 12 706 autres abonnés

Soutenez le blog !

En versant 1€ symbolique, vous permettez à ce blog d’exister et de continuer de vous apporter des contenus qui vous permettent de progresser librement avec votre cheval.

Le targeting

La cible, ou target, est un des outils phares quand on travaille avec une méthode basée sur le renforcement positif. On est tout de suite super impatient d’utiliser la cible dans nos séances ! C’est effectivement un exercice que l’on peut aborder avec le cheval assez rapidement dans notre programme, reste toutefois à se renseigner un petit peu 🙂

Qu’est ce qu’une cible ?

Le targeting fait partie des six techniques de conditionnement opérant. D’après Dr. Zeligs, c’est le meilleur des moyens de communication. Le principe est d’apprendre au cheval à toucher un objet (cible) avec une partie de son corps. Ses utilisations ne se limitent pas qu’au touché. On pourra effectivement apprendre au cheval à suivre cette cible. Dans ce cas, il ne touche pas la cible : elle sert ici à guider le cheval. On pourra également utiliser des cibles stationnaires où il s’agira d’envoyer le cheval sur cette cible ou de l’avoir immobile à la cible.

Le targeting est loin d’être la seule technique que l’on peut utiliser en renforcement positif. Il existe également le scanne et capture, la manipulation, le mimétisme et le leurre. L’apprentissage de la cible se fait d’ailleurs en scanne et capture.

Une cible peut être n’importe quel objet. Le mieux est d’avoir un stick avec quelque chose à la fin pour encourager le cheval à toucher la cible plutôt que de toucher la main. La cible doit être légère pour qu’on la tienne facilement, visible par le cheval (éviter les balles de tennis ou les objets trop petits en terme général) et ne doit pas non plus représenter de danger si le cheval l’attrape avec ses lèvres ou met les pieds dessus. Exemple de cibles : un long stick avec une frite de piscine accrochée au bout, une cravache avec une bouteille en plastique, un cône…

A quoi sert une cible ?

La cible pour améliorer le reculé

Le rôle de la cible est d’aider le cheval à se mouvoir de manière différente. Autrement dit, on utilise une cible uniquement pour les déplacements particuliers ou pour améliorer la posture. Elle ne représente qu’une aide supplémentaire pour l’apprentissage de comportements. Par exemple, on peut utiliser la cible pour :

  • Le reculé
  • Le déplacement des épaules
  • La cession verticale et latérale
  • La longe
  • Le rassemblé
  • La désensibilisation
  • Le medical training
  • L’incurvation

Deux vidéos explicatives (en anglais) des utilisations de la cible

Le targeting peut s’avérer utile pour gérer l’état émotionnel du cheval. En effet, ça peut l’aider à retrouver un équilibre au niveau de ses émotions. Une fois que le cheval connait le targeting, il va avoir envie de se prêter au jeu pour obtenir une récompense. On pourra alors présenter la cible uniquement quand le cheval devient calme, puis renforcer les états émotionnels et les comportements associés.

De plus, la cible explique le comportement. Elle est initialement introduite comme outil de communication mais peut rapidement devenir outil de motivation grâce à l’association positive que le cheval aura faite avec elle (leurre). Le targeting est la technique la moins frustrante pour le cheval étant donné qu’il n’a pas à deviner ce qu’on attend de lui. On ne le met plus dans un état de fuite : il sait où il va, il a le contrôle de la situation. Le cheval apprend donc que ce sont ses propres actions qui mènent à une récompense. On peut aussi utiliser la cible en mode « Start Button » ce qui permet alors au cheval de dire quand il se sent prêt : empowerment.

Introduire la cible

Par ma petite expérience, la cible ne doit pas être le premier exercice qu’on apprend à nos chevaux. On risque de créer de la dépendance si on l’introduit trop tôt et/ou si on la retire de nos séances trop tard. Avant de succomber à notre motivation débordante pour intégrer cet outil dans notre relation, je conseille d’avoir des pré-requis.

Les pré-requis : Avoir un cheval qui se tient à notre épaule « par défaut » + avoir un cheval qui nous suit (au pas et/ou à des allures supérieures).

Une des erreurs que j’ai pu faire était de croire que la cible avait pour objectif premier de faire en sorte que notre cheval nous suive. Je ne conseille pas de fonctionner de cette manière car on risque de perdre toute la fluidité de notre « stick to me » et la cible n’aura plus son intérêt.

Le cheval est curieux par nature donc si on lui présente un objet qui lui est inconnu, il va naturellement s’y intéresser. Pour introduire la cible, on présente la cible au cheval. Dès qu’il la touche (ou qu’il s’en approche) : on clique, on retire la cible en la mettant derrière nous et on donne une récompense. On attend que le cheval ait fini de mastiquer pour représenter la cible.


Quelques points à noter

  • Attendre que le cheval soit détendu pour lui présenter la cible.
  • Ne pas récompenser le cheval s’il essaie de fouiller la poche de friandises après avoir entendu le click : attendre qu’il tourne sa tête et récompenser.
  • Un cheval qui mord la cible est un signe de tension. Il est donc recommandé d’ignorer les moments où il mord et de ne marquer que lorsqu’il est détendu. S’il mord constamment, on peut demander de toucher la cible avec son museau et non sa bouche.

Mener avec une cible

Utilisation de la cible pour faire trotter le cheval sur un cercle

Utiliser une autre cible pour « mener » afin que le cheval comprenne qu’il doit bouger vers elle. Sur la photo ci-dessus on me voit avec la même cible que la précédente, j’ai réalisé il y a peu de temps qu’il valait mieux utiliser des cibles différentes en fonction des comportements associés.

Pour apprendre à suivre une cible : la mettre devant le cheval, attendre qu’il bouge vers elle et cliquer à ce moment là. Ce mouvement peut aussi bien être un pas vers elle comme un déplacement de poids vers l’avant. Les premières fois que l’exercice est abordé doivent être faciles pour le cheval. Après le clique, mettre la cible de côté.

Ma cible n’est pas aussi légère qu’il ne parait, j’avais alors tendance à la mettre assez basse. Ça demandait alors à Tangka un effort plus important. Je conseille donc de mener le cheval avec la cible à hauteur de la position d’encolure naturelle de votre cheval. On pourra associer la position basse de la cible à une extension d’encolure plus tard dans l’entrainement.

Photo : Connection Training

Aller et rester à la cible

Apprentissage d’aller sur la cible et d’y rester

Sur le même principe que mener avec une cible, on présente ici une cible stationnaire au cheval. La cible est généralement posée au sol comme un cône. Dès que le cheval touche la cible stationnaire : clic, récompense. Pour faciliter l’apprentissage, on utilise une même cible et on pratique cet exercice au même emplacement.

Pour vérifier si le cheval a compris et pour commencer à mettre en place son code, on se met un peu en arrière du cheval et le laisser y aller. On commence à reculer pour le récompenser afin que, plus tard, on soit complètement derrière lui pour lui demander d’aller à la cible. Progressivement, on laisse le cheval à la cible et on bouge autour de lui, en augmentant la distance au fur et à mesure. Si le cheval hésite à aller à la cible, on clique, on récompense quand il se rapproche d’elle.

Et après ?

Utilisation de la cible pour améliorer le salut de Tangka

Les utilisations de la cible sont très variées et vraiment positives pour le cheval. Il est tout à fait possible de transférer les codes appris avec une cible en codes vocaux ou gestuels pour pouvoir s’en passer rapidement. Dans ce cas, on ne présentera la cible que pour réorienter le cheval s’il se met dans une situation où il devient confus et anxieux.

Pour permettre au cheval de faire une généralisation et pour s’amuser un peu, on peut utiliser des cibles « hors du commun » comme un jouet plastique pour chien, un donuts en plastique..

Pour parler un peu tours de cirque, on peut utiliser la cible pour apprendre au cheval tous les tours qu’on souhaite ! En revanche, pour les comportements naturels (le couché par exemple), il est recommandé d’utiliser du scanne et capture si possible.

On peut aussi utiliser le système de cible pour du medical training. Ici, j’utilise ma main comme cible et j’apprends à Tangka à amener sa tête vers moi pour progressivement avoir son oeil (traitement des uvéites).

Rejoignez 12 706 autres abonnés

Lire son cheval

Cet article est basé sur le livre Language Signs & Calming Signals of Horses. Dans son ouvrage, l’auteure explique les comportements des chevaux notamment les signaux d’apaisement, les comportements de remplacement ou encore les signaux de stress. Ceci est le résumé que je m’étais fait personnellement. Je me suis dit qu’en le partageant je ne risquais de ne pas le perdre en cas de problème avec mon ordinateur et qu’il pourrait servir à d’autres ! Toutefois, je recommande vraiment d’acheter ce livre qui est bien plus complet que cet article 🙂


L’origine des signaux

De nombreux facteurs peuvent influencer la façon dont les chevaux communiquent et perçoivent les stimuli de leur environnement :

  • Leur génétique
  • Leur santé
  • Leurs expériences, leur socialisation et leur entraînement
  • Leur espace vital

Pour analyser et comprendre le comportement de notre cheval, il faut prendre en considération l’ensemble du contexte. C’est connu, les chevaux ne mentent jamais : leur posture et leur langage corporel sont de véritables indicateurs. De plus, d’après Rachaël, un cheval peut communiquer avec un autre cheval, avec un humain mais aussi avec un objet. C’est ce que j’ai observé à la suite de ce livre !

Observer son cheval et connaître les signes qu’il peut nous envoyer est super important. Beaucoup de propriétaires ne prêtent pas attention à ces comportements et ont tendance à les laisser traîner. On s’étonne ensuite de voir des comportements arrivés de « nul part » ! Si on les repère plus rapidement, on pourra mettre en place des choses pour diminuer la tension présente chez le cheval et éviter qu’il escalade en pression.


Les différents signaux

Il existe différents signaux que le cheval va généralement réaliser les uns à la suite des autres. C’est pourquoi je vous conseille de lire les pages dans l’ordre ci-dessous :

  1. Les signaux d’apaisement
  2. Les comportements de remplacement
  3. Les signaux de stress
  4. Les signaux augmentant la distance
  5. Absence de communication
  6. Concrètement, que faire ?

Pour en savoir plus sur les signaux, vous pouvez toujours acheter le livre de Rachaël Draaisma disponible sur la Fnac et sur Amazon. Je recommande mille fois !

Page 2 : Les signaux d’apaisement

Rejoignez 12 706 autres abonnés

Les différents motivateurs dans le R+/R-

Il y a beaucoup de confusions concernant la définition du renforcement positif et du renforcement négatif, notamment quand il s’agit de la « montée en phase » ou de la « pression » . Je m’étais promis de ne pas écrire un pavé mais je me suis encore emportée je pense… En espérant que ça puisse éclaircir les esprits 🙂


Rappel des définitions

Renforcement positif : ajout d’un motivateur (ou stimulus) agréable après l’émission d’un comportement.

Renforcement négatif : retrait d’un motivateur (ou stimulus) désagréable après l’émission d’un comportement.

Les deux renforcements ont pour but d’augmenter la fréquence d’apparition d’un comportement. Alors quelles sont les vraies différences ?

Tout d’abord, on dit que le renforcement est positif quand on donne quelque chose au cheval après que le comportement ait été effectué. Le motivateur apparait donc après. On le décrit comme négatif quand on retire un stimulus, le motivateur apparait avant. Ce sont des mathématiques. C’est un point important à comprendre pour se rendre compte que les renforcements ne prennent pas en compte l’aspect éthique : bien/mal, juste/injuste… Jusqu’ici, tout va bien.

Là où on se perd facilement, c’est quand on aborde la notion de stimulus agréable et de stimulus désagréable (ou aversif). Cette partie de la définition est capitale et pourtant, souvent oubliée.


Comprendre les motivateurs

La valeur des différents motivateurs est ressentie par le cheval de trois manières : positive, neutre et négative. Comme vous l’avez compris dans le paragraphe ci-dessus, en R- on va utiliser des motivateurs qui sont vus de manière NEGATIVE par le cheval alors qu’on utilisera des motivateurs qui ont une valeur POSITIVE en R+.

Un motivateurs peut être : de la nourriture, une pression, des félicitations, un autre comportement…

➡ Il existe donc des motivateurs primaires. Ces motivateurs ont une valeur intrinsèque pour l’animal. Il n’a pas besoin d’apprentissage pour leur donner une valeur (encore une fois : positive, neutre ou négative). Le cheval produit d’ors et déjà une réponse (ou absence de réponse si neutre).

➡ Il y a aussi des motivateurs secondaires. Ce sont des éléments qui n’ont, à priori, pas de valeur pour le cheval. Les motivateurs secondaires ne constituent pas un renforcement au départ et ne produisent pas de réponse. Le cheval va leur donner une valeur par association avec un motivateur primaire (grâce au conditionnement classique). La présentation d’un motivateur secondaire avant un motivateur primaire permet l’association de ce dernier et il est alors possible de se substituer à lui.

Motivateurs primairesMotivateurs secondaires
R+NourritureCaresses
R-Cordelette accrochée au stickStick
Exemples de stimuli utilisés

Nuancer les motivateurs

Vous n’êtes peut-être pas d’accord avec le tableau ci-dessus et c’est tout à fait normal. En effet, l’aspect primaire/secondaire n’est pas identique à chaque individu. Certains motivateurs sont naturellement satisfaisants pour le cheval, sans qu’il y ait eu une quelconque association : ça pourrait très bien être le cas pour les caresses lorsqu’on a un cheval tactile (ce n’est pas le cas de Tangka, c’est pourquoi j’ai pris cet exemple). Des motivateurs peuvent être également naturellement désagréables comme le stick de dressage ou « carrot-stick » .

Par ailleurs, la valeur des motivateurs n’est pas non plus la même pour chaque cheval. C’est pour cela qu’il est très important de bien connaître les préférences de son cheval quitte à établir une liste de ce qu’il aime et de ce qu’il n’aime pas afin de ne pas le punir alors qu’on voulait renforcer. Pour reprendre l’exemple des caresses, elles peuvent aussi être perçues comme négatives si le cheval n’aime pas ça. Pour faire d’un stimulus un stimulus secondaire, il faut que le stimulus initial soit neutre. S’il est déjà perçu négativement par le cheval, lui changer sa valeur reviendrait à faire du contre-conditionnement et il aurait alors une valeur neutre.

Il y a également des motivateurs qu’il va préférer à d’autres et des stimuli qu’il va détester plus que d’autres. On peut aussi parler de motivateurs agréables/désagréables + et motivateurs agréables/désagréables +++. L’idéal est de réaliser une expérience en enrichissant l’environnement de son cheval.

De plus, la valeur de ces motivateurs n’est pas linéaire dans le temps, plus particulièrement pour les motivateurs primaires. Les seuls exemples qui me viennent concernent le R+. En effet, la nourriture par exemple peut être soumise à la réaction de satiété. Le cheval a eu assez d’un type de nourriture particulier et il n’en veut plus. Le motivateur peut donc perdre rapidement sa signification au cours d’une même séance par atténuation. Le motivateur passe de positif à neutre. L’effet inverse existe aussi. Il est possible de priver un animal de sa nourriture pour augmenter la valeur de cette dernière. Dieu soit loué, ça n’arrive jamais.

L’expérience, l’environnement, l’état physique du cheval influencent les valeurs des motivateurs. Cette notion paraît assez évidente quand on connaît le fonctionnement du conditionnement classique mais j’avais envie d’en parler pour éclaircir ce point. Imaginez que le cheval ait mal au dos et que vous lui demandez de partir au galop. Partir au galop lui fait mal. Répété trop de fois, il va associer cet état émotionnel au comportement (départ au galop). Dans le futur, même quand il n’aura plus mal, il aura toujours ces réactions. C’est le principe du conditionnement classique. Un autre exemple : hier vous caressiez votre cheval et il aimait beaucoup ça. Aujourd’hui, il se prend un coup à l’encolure en pâture et fait un petit hématome. Vous ne pouvez plus lui toucher son encolure. Si vous vous obstinez à la toucher, ça lui fera mal et il va dorénavant associer la caresse aux émotions négatives ressenties. Je grossis les traits mais c’est un peu ça.

Page 2 : Emotions et incohérences

Rejoignez 12 706 autres abonnés

Soutenez le blog !

En versant 1€ symbolique, vous permettez à ce blog d’exister et de continuer de vous apporter des contenus qui vous permettent de progresser librement avec votre cheval.

Les systèmes émotionnels

Dans son livre The archeology of mind, Jaak Panksepp étudie les neurosciences affectives, autrement dit le « cerveau social » chez les mammifères. Sept circuits émotionnels de base subcorticaux ont été identifiés. Ces circuits sont fonctionnels dès la naissance de l’individu. Lorsqu’ils sont activés, ils suscitent des ressentis et constituent le substrat neural des affects. Ces circuits permettent au cheval de s’ajuster à son environnement et d’interagir avec lui. On localise dans le cerveau les sept systèmes suivants.

L’entraînement des chevaux consiste à choisir quel système utiliser ➡ Choisir d’utiliser le FEAR-RAGE-PANIC system ou le SEEK-CARE-PLAY system ?


SEEKING system

SEEKING SYSTEM est défini comme l’engagement du cheval avec son environnement pour trouver une récompense. En d’autres termes, ce système participe à toutes les activations émotionnelles, il énergétise et guide la recherche de ressources. C’est le premier système émotionnel utilisé en renforcement positif : on apprend au cheval à toucher des cibles en échange de friandises. Ce système anime la curiosité chez le cheval.


CARE system

CARE est défini comme avoir envie de créer des liens avec les individus présents dans l’environnement. Care system permet une expérience positive et génère des affects positifs. La majorité des comportements des chevaux est basée sur la création de cohésion et d’acceptation au sein du groupe.


PLAY system

PLAY est défini comme besoin de jouer. Ce besoin de jouer est inné, génétiquement déterminé, intrinsèquement satisfaisant. A la différence avec une « attaque », quand les chevaux jouent ensemble, leurs muscles sont détendus. Ils ne présentent pas de tension. En revanche, contrairement au CARE system, le PLAY system est lié à de l’énergie haute.


FEAR system

FEAR est défini comme la peur d’être blessé, tué. Fear system est conçu pour protéger la survie de l’individu, se protéger contre les prédateurs, les dangers et les risques de blessures. Les chevaux vont alors mettre en place leur système de fuite.


GRIED-PANIC system

GRIEF-PANIC SYSTEM est défini comme la peine liée à la séparation, à la solitude. Les hennissements insistants, les tentatives répétées de rejoindre l’autre cheval favorisent la création d’un lien qui les unit. Grief-panic active Care system.


RAGE system

RAGE SYSTEM est défini comme agression. Rage system est activé quand les chevaux n’ont pas la possibilité de fuir (leurs mouvements physiques sont restreints).


LUST system

LUST est défini comme désir de partenaire sexuel. Lust system active la reproduction et protège la survie de l’espèce.

Page 2 : Utiliser ces systèmes au quotidien avec nos chevaux

Rejoignez 12 706 autres abonnés

Soutenez le blog !

En versant 1€ symbolique, vous permettez à ce blog d’exister et de continuer de vous apporter des contenus qui vous permettent de progresser librement avec votre cheval.

La cohérence dans la relation

Vous, moi ou comme de nombreux professionnels et de nombreux cavaliers, nous décrivons nos approches et nos techniques par des termes comme : harmonie, liberté, sans force, connexion, confiance, autonomie… Récemment, sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes se sont mises à décrire ces termes spécifiques et à remettre en question le sens qu’elles leur donnaient. Que veut vraiment dire liberté ? Qu’est ce que le respect ? Effectivement, chacun de ces mots a une signification qui diffère d’une personne à une autre. Nous devrions tous en prendre conscience et partager cette richesse de langage afin que chaque personne puisse y réfléchir et ainsi, changer de perspective. Mais au delà même du sens donné à ces termes, quels sont les moyens mis en oeuvre pour rester en cohérence avec ces derniers ?


Les résultats ne reflètent pas la relation

Certaines descriptions ont l’air plus attrayantes que d’autres, avec un résultat final qui peut sembler éthique. Nous avons tous regardé des vidéos de binômes humain-cheval en liberté exécutant des exercices sortis de l’imaginaire. Peut-être que ce n’était pas en liberté mais quoiqu’il en soit, c’est ce que nous rêvons d’atteindre un jour. Nous les avons tous envié à un stade de notre vie et à un degré plus ou moins important.

« Pourquoi croit-on que derrière chaque beau visage se cache obligatoirement une belle âme ? » D’accord, je cite Guillaume Musso mais cet homme a raison. Nous pouvons nous poser la même question dans notre situation : pourquoi croit-on que derrière chaque beau résultat se cache obligatoirement une belle relation ? Sommes nous pas aveuglés par l’aboutissement ? Et, si nous voulons aller encore plus loin, il faut aussi se demander ce que représente une belle relation pour nous et pas selon ce qu’on nous a mis dans la tête (merci le conditionnement). Je continue de croire que la population pratiquant l’équitation est, en majeure partie, une population de personnes intelligentes qui a le mérite de savoir se questionner pour évoluer. Pourtant, nous ne nous posons pas assez de questions quand nous voyons quelque chose. Il faudrait se demander :

  • Comment les comportements ont-ils été formés ?
  • Le cheval a-t-il démontré des signes de stress ou de frustration à un stade quelconque de l’apprentissage/entrainement ?
  • Quels sont les renforçateurs ?
  • Y a-t-il des punisseurs ?

Cette liste de questions peut être rallongée. Le tout est de se rappeler que nous ne pouvons pas juger un livre par sa couverture. Il faut en lire plusieurs pages.


Valoriser le cheminement intellectuel

La plupart du temps, nous ne savons pas ce qu’ont fait les personnes pour obtenir le niveau qu’elles ont atteint dans leur relation. Par exemple : ont-elles obtenu cette « finesse » en ajoutant quelque chose de plus en plus désagréable jusqu’à obtenir la réponse souhaitée ou ont-elles renforcé les moments où le cheval faisait preuve de ce qu’elles attendaient ? Un même résultat, deux manières de faire complètement différentes qui sont plus ou moins appréciables en fonction de l’éthique de chacun.

En effet, nous ne comparons jamais un moustique avec un éléphant : alors nous ne pouvons pas comparer et donner la même valeur à deux aboutissements identiques. Je prône le fait que la vraie valeur que l’on porte à propos de la relation se trouve dans l’apprentissage.

J’ai beaucoup plus d’admiration devant les étapes d’un exercice que devant l’exercice acquis surtout lorsque je ne sais pas comment il a été appris. La remise en question de l’humain tout au long du processus, les petites victoires et les échecs sont vraiment enrichissants à regarder. Nous pouvons tous arriver au même résultat, mais la façon d’y aboutir est propre à chacun ! C’est ce qui fait la différence et la richesse dans nos relations.


Un objectif propre à chacun

Avec le temps, j’ai appris à ne plus comparer ce que je voyais et à ne plus me comparer aux autres. Nous aspirons tous à différents résultats et nous essayons tous de trouver la manière la plus éthique pour nous y conduire. Derrière chaque mot auquel nous souhaitons nous associer (respect, harmonie…), nous y mettons également un degré différent.

La connexion peut se faire aux trois allures dans un espace fermé et c’est ce que certains aimeraient. Ou elle peut aussi se faire au pas dans un espace ouvert. Elle peut inclure différents exercices enchainés les uns après les autres ou elle peut être faite de rien. Laquelle est plus importante, plus impressionnante ? Elles le sont toutes. Nous devrions savoir ce que nous souhaitons obtenir, les raisons qui nous poussent à cela et, surtout, ne pas chercher à faire mieux que son voisin puisque, forcément, il n’a pas les mêmes envies que nous. C’est la première étape pour être en paix avec nous-mêmes et avoir plus de clarté dans notre communication avec notre cheval : je sais ce que je veux et je sais quel chemin emprunté, je suis en cohérence dans ce que je fais.


Une question d’éthique et pas seulement

Nous le savons tous, l’éthique a une implication très importante dans ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons de cette façon. Au final, nous souhaitons tous la même chose : la complicité. Mais de quelle manière ? Quels adjectifs mettons nous derrière ce mot ? Quelle méthode allons nous choisir ? Nous sommes les seuls à pouvoir y répondre.

D’autres facteurs peuvent rentrer en jeu : notre entourage, notre éducation, le passé de notre cheval, le temps dont nous disposons, les enjeux (des concours ?), l’investissement que nous sommes prêts à fournir… Certaines personnes ont plus de facilité à parvenir aux résultats d’autres. Et inversement. C’est pourquoi, il ne faut pas comparer ce que nous voyons en dernier et respecter chaque personne pour ce qu’elle accomplit (un énorme manque de considération dans le monde équestre).

La seule chose commune à tous c’est la science. Les recherches se sont multipliées ces dernières années pour montrer l’influence de certaines techniques sur le bien-être du cheval. Quelques rappels :

➡ Nous avons déjà discuté de ce qui se passe lorsqu’un cheval est en détresse, avec une augmentation de certaines hormones pouvant entraîner des conséquences négatives sur sa santé. Si un cheval est puni ou que son état de stress est trop important, il ressentira un certain degré de peur, de frustration et/ou de malaise physique. Le stimulus serait alors inefficace et le cheval ne changera pas son comportement.

➡ Par ailleurs, la neurobiologie nous apprend que, lorsque quelque chose de positif se produit, la dopamine est libérée dans notre cerveau, en particulier si la bonne chose est inattendue. La dopamine est un neurotransmetteur qui contribue à nous faire sentir bien, à un point tel que c’est un comportement fortement addictif qui contribue au bien-être du cheval.

Alors, avant de juger le résultat en premier, essayons de voir le couple de manière globale avec toutes ces composantes. Et si nous ne sommes pas en accord total (peut-être et probablement à cause de notre éthique) avec la manière de faire, pourquoi ne pas demander à en savoir plus sur les raisons qui ont poussées la personne à faire ce choix là ? Nous avons sûrement quelque chose à apprendre d’elle !


❗ Ce qu’il faut retenir

Restons ouverts et curieux envers les nouvelles études, recherches, pratiques. Ayons une équitation consciente et intelligente. Les chevaux n’ont pas fini de nous surprendre et c’est pour cela que nous sommes passionnés par ces animaux en particulier.

Plus j’apprends, plus je me rends compte que je ne sais pas.

L’éthique en équitation

Dans notre quotidien, sur les réseaux sociaux, nous entendons de plus en plus parler d’éthique. « Faire les choses selon notre éthique », « Ce que tu fais n’est pas éthique » … Il existe effectivement différentes façons de percevoir les animaux dans un environnement géré par l’Homme. Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Et comment l’éthique peut-elle influencer notre rapport à l’équitation ?

A la base, la notion d’éthique n’est pas étudiée dans l’enseignement des sciences animales et de l’entraînement des animaux. Néanmoins, la science n’est pas en mesure de répondre à toutes les questions que les Hommes se posent autour des animaux. Nous avons besoin à la fois de la science et de l’éthique pour résoudre les challenges du travail avec les animaux.


Qu’est ce que l’éthique ?

L’éthique est un ensemble de normes utilisées dans les interactions sociales quotidiennes et inscrites dans des codes de pratique juridiques ou professionnels, des textes religieux, des contes populaires, de la littérature et de la philosophie. Par exemple : ce n’est pas éthique de tuer, de voler, de commettre un adultère, etc.

Autrement dit, l’éthique se définit comme les règles par lesquelles nous vivons lorsque personne ne nous regarde. L’éthique nous permet de juger les actions et fait partie des critères pour déterminer la responsabilité et la justice.

Il existe différentes dimensions de l’éthique dans les sciences animales :

  • Ethique personnelle : choix diététiques (par exemple, végétarisme), possession d’animaux, style de vie de famille…
  • Ethique professionnelle : les exigences éthiques de la recherche animale…
  • Ethique du consensus social : responsabilité sociale, acceptabilité sociale de l’agriculture animale et des pratiques…

Quelque chose est éthique …

➡ Quand un jugement de valeur doit être fait pour savoir si une action est : bonne / mauvaise, vrai / faux, digne / indigne.

➡ Quand un problème peut être considéré comme ayant un impact sur les autres. Par exemple, la façon dont nous traitons les animaux.

❗ Nous avons tous un point de vue différent concernant les animaux. En effet, l’éthique est influencée par nos valeurs et nos convictions morales. Tout le monde a des valeurs et morales différentes. Elles proviennent de notre éducation personnelle ou du conditionnement qu’on a inconsciemment subi. Il est donc souvent difficile de savoir ce qui peut être « socialement acceptable » .


Différentes approches philosophiques pour les animaux

L’éthique des vertus souligne le fait qu’une action soit acceptable si celle-ci est effectuée par une personne vertueuse “good people treat animals well” . Cette forme d’éthique se concentre sur l’agent, celui qui agit. Nous pouvons prendre comme exemple ces entraineurs, que nous osons rarement remettre en question de part leur statut, expériences ou personnalité.

Le déontologisme met l’importance sur le respect des normes morales et qu’une action soit respectable si elle respecte ces dernières. Les abolitionnistes sont déontologues et ils prônent l’abolition de l’utilisation animale et considèrent que le problème vient du fait que les animaux soient considérés comme des marchandises. Il est vrai que l’ensemble de notre système est basé sur l’appropriation des animaux que l’on peut acheter et vendre. Morts ou vifs.

Le conséquentialisme envisage les conséquences de l’action et pense qu’elles doivent promouvoir certaines valeurs morales. “Maximize aggregate happiness” , dans ce cas, il s’agit de repenser à la manière dont nous exploitons et utilisons les animaux afin d’améliorer leur bien-être. 


Abolitionnistes également appelés déontologues

➡ Les animaux ont des droits moraux. Lorsque des individus ont des droits moraux, nous ne pouvons pas les traiter comme un moyen d’atteindre nos objectifs.

La base philosophique sous-jacente est celle-ci : Si vous avez des droits, nous ne pouvons pas justifier de vous nuire simplement parce que les avantages que nous en tirons l’emportent sur les inconvénients. De plus, certains animaux ont une vie mentale semblable à celle de certains humains. Donc, si nous reconnaissons les droits de tous les êtres humains, nous devrions reconnaître les droits de ces animaux. Pour ces animaux, nous ne pouvons pas justifier de les blesser simplement parce que les avantages que nous en tirons sont plus importants que les inconvénients.

Cette philosophie éthique vient en opposition à beaucoup ou à la plupart des utilisations traditionnelles des animaux comme : consommer des sous-produits animaux (lait et œufs), programmes d’élevage en captivité d’espèces menacées, possession d’un animal.

❗ Dans le monde équestre, cette philosophie éthique peut s’apparenter aux personnes qui prônent l’abolition formelle de certains outils ou de certaines théories de l’apprentissage.


Domination humaine

➡ Nous avons la domination sur les animaux. Ils n’ont de valeur qu’en tant que moyen d’atteindre nos objectifs.

La base philosophique sous-jacente est celle-ci : Les animaux n’ont aucun statut moral, car ils manquent de conscience, y compris de conscience de la douleur. Il n’y a pas de problème moral avec notre façon de traiter les animaux. Aucun traitement des animaux ne peut être jugé immoral, sauf en raison de ses effets indirects sur l’homme.

Il s’agit ici que tout ce qui implique des animaux soit autorisé, y compris : combat de coqs, cirques, rodéos, corrida, blessures d’animaux pour les films, chasse aux animaux exotiques confinés.

❗ En équitation, la domination humaine peut se retrouver dans de nombreuses pratiques notamment l’utilisation d’enrênements ou d’outils sujets à blesser, la soumission du cheval ( « montre lui qui est le chef » , « ton cheval se fiche de toi, fais toi respecter » ) …


Welfarists également appelés conséquentialistes

➡ Nous sommes des gardiens d’animaux. Leurs vies et leurs expériences ont une valeur intrinsèque, mais il nous appartient de décider comment améliorer leur bien-être en utilisant les animaux de différentes manières.

La base philosophique sous-jacente est celle-ci : Nous avons l’obligation morale d’équilibrer les avantages et les inconvénients pour déterminer le choix final de nos actions. Le bon choix est déterminé par la quantité de bien-être produit ou de préjudice évité en conséquence. Aucun acte moral n’est intrinsèquement faux. Si un animal peut souffrir, nous avons l’obligation de mettre cette souffrance en balance avec les avantages de toute utilisation qu’on peut faire de l’animal. Nous devrions utiliser des animaux tel que les avantages pour nous sont supérieurs à ce que ça leur coûte (blessure, stress, tension…), mais nous devrions éliminer les souffrances inutiles des animaux.

Diverses utilisations traditionnelles des animaux sont autorisées, à condition qu’elles servent des fins non triviales et qu’elles soient menées de manière à éliminer les souffrances inutiles des animaux : recherche médicale, abattoir d’animaux sans cruauté, chasse – du moins pour prévenir la surpopulation de la faune.

💡 Personnellement, j’aime cette philosophie puisqu’il s’agit de poser le pour et le contre pour chaque pratique. La question n’est plus quoi mais comment : comment un outil est utilisé, comment le cheval est traité. Les conséquentialistes sont généralement des personnes raisonnées, scientifiques, bien informées et qui travaillent avec le système actuel.


Connaitre son éthique et vivre avec celle des autres

Même si cet article détaille les trois grands courants de la philosophie éthique autour des animaux, il existe autant d’éthiques qu’il existe d’Hommes sur Terre. Chaque personne a des choses qui lui tiennent plus à coeur que d’autres. Il est presque impossible d’être en accord avec l’éthique de tout le monde. C’est normal et personne n’a jamais dit qu’il fallait accepter ce que pensent les Autres. Je pense, néanmoins, que nous pouvons tous faire un effort pour comprendre le fonctionnement de chacun et ressortir enrichi de chaque échange. Un bon exercice serait de, à partir de la même situation, essayer de voir les choses selon les trois types de philosophies éthiques afin de mieux comprendre comment l’Autre peut percevoir et appréhender le monde animal.

Il me paraît important de prendre conscience de ce qui est important pour nous, de ce qui régit notre éthique et de comment nous la partageons au quotidien (à travers des textes ou des discussions). Cette prise de conscience nous permet de vérifier si l’on agit bien selon notre éthique, si nous sommes en cohérence : est ce que je fais ce que je dis, est ce que je pense ce que je dis ?

Lorsque nous nous exprimons, posons nous les questions :

  • Comment être sûr que ce que je dis est la Vérité ? A partir de quoi mon discours s’appuie ? Comment approfondir mon argumentaire (articles scientifiques, expériences/témoignages, cours…) ?
  • Comment être sûr que ce que l’Autre dit est la Vérité ? Sur quoi son discours s’appuie t il ? (y compris les « référents » en équitation)
  • Comment puis je voir les choses autrement ?

Le budget-temps du cheval

On parle de budget temps lorsqu’on observe la répartition des activités du cheval sur 24 heures. Dans cet article, nous parlerons des différences de comportements observées selon l’hébergement du cheval. Ces données sont issues d’une étude menée par l’Institut Français du Cheval et de l’Equitation (IFCE) mais vous pouvez aussi vous amuser à observer vos propres chevaux. Le temps passé à chacune des activités citées varie selon de multiples facteurs notamment la saisonnalité, les ressources disponibles, la météo, l’état psychologique du cheval et les exercices.


Les besoins du cheval en condition naturelle

ALIMENTATION

En condition naturelle, les chevaux passent la majorité de leur temps à s’alimenter. La recherche et la consommation de nourriture leur prend environ 60% de la journée, c’est-à-dire entre 15 et 18 heures par jour.

Ils ne sont donc jamais plus de 4 heures sans manger. Leur estomac produit de l’acide gastrique en permanence. Lorsque le cheval mange, il produit de la salive et ensemble, salive + nourriture neutralisent l’acide gastrique contenu dans l’estomac. Ainsi, si le cheval ne mange pas pendant un laps de temps trop important, cet acide n’est pas neutralisé et les risques de développer des ulcères sont élevés.

Les chevaux sont des herbivores mais ne sont pas des ruminants, c’est-à-dire, ils mangent et digèrent en continu. Leur régime alimentaire est principalement constitué de fourrage, il peut s’agir d’herbe mais également de feuilles d’arbres, de brindilles, d’arbustes. L’alimentation et l’abreuvement sont des activités sociales pour les chevaux. Contrairement à lorsqu’ils jouent, les chevaux mangeront aux côtés des chevaux avec lesquels ils sont le plus proches.

REPOS

Les chevaux dorment 25% de la journée, ce qui correspond en moyenne à 6 heures (sommeils légers et profonds confondus). En effet, ils ont la capacité de dormir debout, on parle alors de somnolence ou de sommeil léger. Le sommeil paradoxal, quant à lui, est caractérisé par le repos où le cheval est dans une position couchée.

Le cheval alterne des phases d’éveil et de sommeil sur 24 heures selon la photopériode et la température. Il va effectivement dormir plus longtemps lorsqu’il fait nuit. Il dort par période de 30 à 60 minutes.

Les chevaux ont besoin de sommeil de repos complet, donc quand il est étendu de tout son long, pour rester équilibrés. Sans ce repos, ses performances vont diminuer, il peut développer des troubles du sommeil et de l’agression.

SURVEILLANCE

Les chevaux consacrent 6% de leur temps à surveiller leur environnement soit 1 à 2 heures par jour. De part sa nature de proie, il se doit d’observer ce qu’il se passe autour de lui. Il se comporte en levant la tête, en s’orientant vers l’objet de son attention…

DEPLACEMENTS AUTRES QUE LIES A L’ALIMENTATION

Sur le graphique, vous pouvez observer « déplacements hors alimentation« . En effet, les chevaux se déplacent principalement lorsqu’ils broutent : plusieurs bouchées – un pas en avant – plusieurs bouchées – un pas en avant (…). Ici, on parle de déplacements hors alimentation lorsque le cheval se déplace pour aller au point d’eau ou vers un endroit abrité. Contrairement aux idées reçues, un cheval à l’état naturel va parcourir 10km par jour maximum. Il se déplace principalement au pas. Le trot et le galop sont des allures qu’il prend quand il doit fuir ou quand il joue avec un congénère par exemple.

Les chevaux doivent avoir assez de place pour s’éloigner les uns des autres sans se faire coincer et les ressources doivent être à la disposition de tout le troupeau afin de limiter les agressions.

AUTRES COMPORTEMENTS

Il s’agit de moments où le cheval va établir des liens avec ses congénères notamment des interactions (du « jeux » ), faire leurs besoins (uriner et déféquer), du grooming… Dans ce pourcentage est aussi pris en compte les moments d’abreuvement.

Les chevaux ont besoin de 5,2 litres d’eau/100kg/jour. En d’autres termes, un poney de 200-300kg va boire 10-15 litres, un cheval de 300-450kg va boire 15-25 litres et un cheval de 450-500kg va boire 25-30 litres. 89% des buvées ont lieu avant ou après le repas.


Le cheval en conditions « limitées »

Les chevaux ont besoin d’être en contact avec d’autres chevaux. En effet, ce sont des animaux grégaires et sociaux qui ont besoin de contacts sociaux positifs entre eux. Le lieu d’hébergement se doit de permettre des contacts sensoriels (visuels, olfactifs, tactiles, auditifs) pour le bien-être des chevaux s’ils ne peuvent pas être en troupeau.

Un cheval qui passe plus de temps à observer (notamment en box sans contact visuel et physique) va développer des stéréotypies. Les stéréotypies sont dues à un stress et les facteurs sont multiples : alimentation trop concentrée, manque de sortie, de présence et de contact avec ses congénères. Un cheval tique pour supporter son environnement domestique. 

La physiologie du cheval est faite pour qu’il marche toute la journée. Les cœurs des chevaux sont effectivement relativement petits par rapport à la taille de leur corps, ce qui facilite la circulation sanguine. Cependant, lorsqu’ils sont au box, le système circulatoire ne peut pas fonctionner de cette manière et le cœur ne fonctionne pas de manière optimale. Le mouvement est également nécessaire pour le fonctionnement optimal du système squelettique, en particulier dans le développement, car il stimule la croissance de la densité osseuse.


Un dernier mot sur la notion de bien-être animal

Brambell (1965) a énonce 5 principes appelés en anglais « Five Freedoms  » qui ont ensuite été repris par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). Ces principes font aujourd’hui référence à la définition de bien-être animal.

  1. Ne pas souffrir de la faim ou de la soif – accès à de l’eau fraîche et à une nourriture adéquate assurant la bonne santé et la vigueur des animaux.
  2. Ne pas souffrir d’inconfort – environnement approprié comportant des abris et une aire de repos confortable.
  3. Ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies – prévention ou diagnostic rapide et traitement.
  4. Pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce – espace suffisant, environnement approprié aux besoins des animaux, et contact avec d’autres congénères.
  5. Ne pas éprouver de peur ou de détresse – conditions d’élevage et pratiques n’induisant pas de souffrances psychologiques.


Bibliographie

Brambell, R. (1965). Report of the technical committee to enquire into the welfare of animals kept under intensive livestock husbandry systems. London.

Draaisma, R. (2018). Language Signs & Calming Signals of Horses. CRC.

Grison, A.-C., Doligez, P., & Vidament, M. (2014). Le budget temps. Institut Français du Cheval et de l’Equitation.

Rogers, S. et al. (2018). Equine Behaviour in Mind. Suzanne Rogers.

Les 10 principes d’entrainement

L’ISES (International Society for Equestrian Science) a mis en avant dix principes fondamentaux qui visent à préserver le bien-être de nos compagnons et à leur permettre d’apprendre plus efficacement lors de nos séances. Ces principes sont valables quelque soit l’âge, la race, le sexe et l’utilisation du cheval. Ils sont basés sur la nature même du cheval ainsi que sur les théories d’apprentissage. L’idée est de pouvoir utiliser ces principes à n’importe quelle étape de l’entrainement. En lisant chaque recommandation, il est facile de comprendre comment travailler avec les chevaux de manière générale sans forcément se mettre dans une case.


Les principes en détails

Le premier principe veille à assurer la sécurité du cheval et de l’humain. La sécurité, quelque chose de primordiale lorsqu’on a décidé de travailler avec des animaux aussi puissants les chevaux. En effet, ils peuvent facilement nous blesser si nous ne prenons pas les précautions nécessaires. Il faut alors apprendre et reconnaître les comportements liés au stress et à la peur, connaître les parties du corps du cheval susceptibles de nous faire mal comme l’arrière main, rester consistent et clair dans nos demandes pour éviter la confusion et ainsi éviter de provoquer des comportements agressif. Nous pouvons également faire mal au cheval. C’est pour cela qu’il faut veiller à minimiser les équipements/conditions de vie/méthodes qui peuvent le blesser et le stresser et faire en sorte que le couple cheval-cavalier soit adapté (poids du cavalier, objectif d’équitation, tempéraments…).

Le deuxième principe concerne la nature du cheval. Nous devons veiller à son bien-être. Etre en état de bien-être va permettre au cheval d’être en bonne santé, d’apprendre correctement, de vivre longtemps, d’être « bien » dans sa vie tout simplement. Pour cela, il est essentiel de respecter ses besoins naturels notamment de lui fournir de la nourriture à volonté et pendant de longues périodes, de le mettre en compagnie d’un ou de plusieurs chevaux et de lui donner la possibilité de se déplacer. Il n’existe pas de relation dominant-dominé à travers la relation homme-cheval. Il faut éviter les pratiques désagréables comme le tord-nez/tord-oreille et savoir reconnaitre les signes de douleurs.

Le troisième principe est d’avoir conscience des capacités mentales et sensorielles du cheval. Il faudrait les prendre en considération lorsque nous travaillons avec eux pour éviter de faire de l’anthropomorphisme (Def : Tendance à attribuer aux animaux et aux choses des réactions humaines). En effet, il ne faut pas surestimer les capacités mentales du cheval (ex : « Il le fait exprès » ) mais ne pas les sous-estimer pour autant (ex : « Cravache-le, il ne sent rien » ). Le cheval entend et voit le monde différemment, je vous conseille de recycler vos lunettes 3D de cinéma et de mettre du scotch au milieu, vous allez avoir un choc ! Par ailleurs, il faut éviter les longues séances. Une heure de concentration est aussi difficile pour un cheval que ça l’est pour un Homme.

Le quatrième principe veille à reconnaitre les états émotionnels du cheval. Le cheval est considéré comme un animal de proie. Il va fuir ou se battre lorsqu’il a peur (fight or flight response). Il peut également se figer. Ce sont des réactions qu’il faut éviter lors de nos séances. Pour cela, il est important de maintenir le niveau d’excitation au plus bas en aidant le cheval à se relaxer et en encourageant les états émotionnels positifs. Les attitudes de relaxation doivent faire partie intégrante des séances.

Le cinquième principe concerne les techniques de désensibilisation. Plusieurs méthodes existent et il est interessant de les connaître pour pouvoir les utiliser de la bonne manière. On note alors qu’on devrait :

  • Approcher de façon progressive un objet dont le cheval est effrayé ou, si possible, approcher un objet de plus en plus effrayant proche du cheval (désensibilisation systématique) ;
  • A une distance de sécurité, garder le contrôle de l’arrière main lorsqu’on approche un objet effrayant et rapprocher cet objet de plus en plus du cheval (over shadowing) ;
  • Associer le stimulus effrayant avec un stimulus positif comme la nourriture (contre conditionnement) ;
  • Ignorer les comportements indésirables et renforcer les comportements que l’on souhaite (renforcement différentiel) ;
  • Eviter les techniques d’inondation (forcer le cheval de subir l’objet effrayant).

Le sixième principe vise à utiliser correctement le conditionnement opérant. Le conditionnement opérant est probablement la première chose qu’on apprend en centre équestre, sans forcément que l’on soit mis au courant. Avec les années d’expérience, il est nécessaire de comprendre comment fonctionne ce conditionnement : un comportement sera reproduit ou non selon sa conséquence (voir l’article). La pression (ex : du mors, des jambes, du stick) doit être retirée dès que le cheval répond et nous nous devons d’éviter la punition positive (on ne tape pas son cheval). Par ailleurs, il faut minimiser l’attente des renforcements car ils ne sont pas éthiques et ne sont pas efficaces.

Le septième principe vise à utiliser correctement le conditionnement classique. L’ISES parle de signaux légers que l’on devrait émettre avant chaque demande. En revanche, je ne trouve pas que ça fasse partie du conditionnement classique, mais soit. Ainsi, entrainer le cheval à reconnaitre des signaux légers favoriserait son bien-être et diminuerait le stress du cheval pendant les séances.

Le huitième principe concerne l’apprentissage en modelant (peaufiner, « shaping » en anglais) une réponse à la fois. Une des clés pour entrainer nos chevaux ! Il s’agit de décomposer les exercices en unités les plus petites possibles et renforcer progressivement chaque unité s’approchant du comportement souhaité. Par ailleurs, il est important de maintenir un environnement constant pour entrainer un nouvel exercice et donner au cheval le temps d’apprendre en douceur. Nous devons ne changer qu’un seul paramètre (cavalier, endroit, signal) à la fois.

Le neuvième principe veille à la mise en place de codes faciles à distinguer pour le cheval. 1 code = 1 réponse. Chaque signal doit se faire dans un endroit bien précis du corps du cheval et lorsque nous faisons un code, nous devons faire preuve de clarté.

➡ Et enfin, le dernier principe met en avant le maintien des réponses dans le sens où il faut obtenir un cheval auto-porteur. Le cheval doit etre capable de maintenir son allure, son attitude, sa direction sans que l’on ait à forcer une position par des demandes constantes.


Bibliographie

Roche, H. (2013). Motiver son cheval. Belin.

ISES. (2018). Principles of Learning Theory in Equitation. Récupéré sur Equitation Science: https://equitationscience.com/equitation/principles-of-learning-theory-in-equitation

Le conditionnement opérant

Le conditionnement opérant, aussi appelé conditionnement instrumental ou skinnerien, est une forme d’apprentissage associatif où il y a une association faite entre un comportement effectué et sa conséquence. Selon la conséquence, le cheval se verra ou non à reproduire le comportement dans le futur. C’est pour cela qu’on dit que ce conditionnement est opérant : il agit sur son environnement. Contrairement au conditionnement classique, le conditionnement opérant est un apprentissage actif qui se focalise sur des comportements volontaires.


Le principe

Apparu dans les années 1930, ce concept avait été initié par Edward Thorndike puis développé par Burrhus Frederic Skinner. La boite de Skinner est un outil qui a permis de simplifier l’étude du concept.

Thorndike a formulé la loi de l’effet qui met en évidence la connexion entre le stimulus et la réponse qui peut alors être renforcée ou affaiblie en fonction de ses conséquences. Ainsi, chaque comportement qui a généré de la satisfaction a plus de chances de se voir reproduire ultérieurement. En revanche, chaque comportement qui a produit de l’insatisfaction aura tendance à disparaitre.

De manière général, on utilise les termes de renforcement et de punition, accompagnés par positif ou négatif :

➡ On appelle renforcement, une conséquence d’un comportement qui va augmenter la fréquence d’apparition de celui-ci.

➡ A l’inverse, une punition est une conséquence qui a pour but de faire disparaitre un comportement jugé indésirable.

➡ On dit qu’un renforcement ou qu’une punition est positive lorsqu’on ajoute un stimulus à l’environnement.

➡ Un renforcement ou une punition est négative quand on soustrait un stimulus.


Des exemples de conditionnement opérant

Du point de vue humain

Renforcement négatif : Le bip de votre voiture qui vous indique de vous attacher. Le son est de plus en plus fort, de plus en plus désagréable, jusqu’à ce que vous mettiez votre ceinture. Vous allez donc mettre votre ceinture de plus en plus vite pour éviter le son déplaisant.

Renforcement positif : Vous recevez les félicitations de votre chef/prof pour le travail que vous avez fourni. Vous allez donc travaillé plus pour continuer d’avoir ces encouragements.

Punition négative : Vos enfants n’ont pas de dessert s’ils ne mangent pas leurs légumes. Vos enfants mangeront leurs légumes pour avoir leur dessert.

Exemple avec des chats

Exemple avec un cheval

Exemple avec un rat

Page 2 : Les différents concepts