Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Récemment, j’ai été témoin d’une situation plutôt interessante. Une personne douchait son cheval à mon écurie. Le cheval reculait à la douche et la jeune femme lui répétait « Eh arrête de reculer là ! » . Le ton est monté progressivement car le cheval continuait d’effectuer le mouvement. La femme en est venue aux mains pour « faire comprendre » à son cheval qu’il ne fallait pas qu’il fasse ça. Le cheval était dans l’incompréhension et la propriétaire, fortement agacée, disait que son cheval était débile et qu’il ne comprenait rien.

Combien de fois avez vous vécu et/ou avez vous vu cette situation ? Qu’il s’agisse du montoir, de la mise en van, du cheval à l’attache ou du cheval qui ne recule pas…

Parfois, j’ai l’impression qu’on accepte l’imperfection chez les humains mais qu’on l’exige chez les chevaux. On continue de considérer les chevaux comme des Dieux qui devraient comprendre un langage qui n’est pas le leur et qui devraient se rappeler de tout, n’importe quand, dans n’importe quelle situation.

« Fais ce que je dis, pas ce que je fais » , pourquoi ce titre ? Parce que, nous humains, nous communiquons principalement grâce à notre parole mais nous ne savons pas communiquer avec les chevaux grâce à notre langage corporel : nous ne faisons pas, nous disons. Le verbe « communiquer » vient des mots latins communicare, « mettre ou avoir en commun », et communicatus, « qui est en relation avec » . Communiquer, c’est donc établir une relation entre un locuteur et un interlocuteur pour transmettre, mettre en commun. Mais il existe autant de manières de communiquer que d’individus, et c’est là que les problèmes commencent : lorsque le message originel n’est pas correctement transmis et/ou reçu, ce qui arrive bien plus souvent que nous n’en avons conscience…

Inutile de vous rappeler que le monde des chevaux est un monde de silence, où la communication passe principalement par le non-verbal. Alors, comment communiquer dans un autre langage sans utiliser notre parole ? Comment éviter les problèmes que l’on rencontre le plus souvent ? Comment apprendre à « faire » au lieu de « dire » ?


Etape 1 : J’autorise l’erreur

Autoriser l’erreur permet de se rendre compte et de mettre en évidence les points d’amélioration de la relation.

Exemple 1 : Comment savoir si mon cheval est vraiment immobile au montoir si mes rênes sont tendues à chaque fois ? ➡ Je les détends et je verrai assez rapidement si mon cheval n’a pas associé montoir = je pars au pas.

Exemple 2 : Comment savoir si je suis allée trop loin dans ma séance, si j’ai dépassé les capacités physiques et mentales de mon cheval ? ➡ Je descends et je regarde si mon cheval me suit toujours, s’il a toujours envie d’être avec moi.

Exemple 3 : Comment savoir si mon cheval me dépasse si je garde la longe tendue pour ne pas qu’il le fasse ? ➡ Je rallonge ma longe et je regarde ce que mon cheval prend comme décision.


Etape 2 : J’analyse la situation

Analyser la situation donne la possibilité de ne plus refaire la même erreur. C’est nous qui avons fait une erreur, pas notre cheval. Notre cheval a uniquement fait ce qu’il a ou ce qu’il n’a pas appris grâce à nous. Nous sommes l’enseignant. Comprendre pourquoi notre cheval n’a pas agi selon nos souhaits nous permettra de mieux l’aider et ainsi, d’améliorer notre relation.

💡 Une petite réflexion : Est ce que c’est mon attitude qui engendre un tel comportement (je crie, je m’agite, j’ai mon coeur qui s’emballe, je suis trop direct…) ? C’est un point important puisque notre attitude influence nos comportements vis-à-vis de notre cheval. Prendre le temps de respirer et d’être totalement présent apporte une grande aide.

Exemple 1 : Mon cheval bouge à la douche ➡ A-t-il peur de la douche ? Gagne-t-il à rester immobile aussi longtemps ?

Exemple 2 : Mon cheval bouge au montoir ➡ Est ce que je décompose les phases correctement (je monte, j’attends, je demande à mon cheval de marcher au pas) ou est ce que je demande le pas directement en selle ?

Exemple 3 : Mon cheval me dépasse ➡ Lui ai-je appris à quelle place il doit être ? Si c’est le cas, suis je constante dans mes demandes ?


Etape 3 : Je corrige

Comme dit plus haut, les chevaux ne sont pas des Dieux et nous nous devons de leur rappeler ce qu’on souhaite obtenir d’eux parfois. Nous ne naissons pas avec la capacité instantanée de formuler des mots mais nos parents n’ont jamais cessé de croire en nous et n’ont jamais hésité une seule seconde à nous montrer comment faire. Pourquoi ne pas considérer les chevaux comme des enfants ?

Avoir conscience de la manière dont apprennent les chevaux est primordiale lorsqu’on travaille avec eux. En d’autres termes, il s’agit d’apprendre par quels moyens communiquer avec eux. On note deux types de conditionnements : le conditionnement classique et le conditionnement opérant. Parmi ces conditionnements, il y a de multiples techniques qui permettent d’enseigner au cheval différents codes afin qu’il puisse vivre correctement en société humaine et avec nous.

Exemple 1 : Mon cheval bouge au montoir ➡ Je monte sur mon cheval, rênes détendues, et avant même qu’il fasse un pas en avant, je clique et je récompense. Selon le comportement, je peux commencer par cliquer le pied à l’étrier puis j’augmente mes critères de manière progressive jusqu’à pouvoir monter complètement dessus. Une fois dessus, je récompense mon cheval et je descends. J’augmente ensuite ce temps d’arrêt lors du montoir de façon progressive. La clé est de séparer les demandes, les recombiner… Le but est de ne pas finir avec un cheval qui aura fait l’association pied à l’étrier = cheval qui trotte.

Exemple 2 : Mon cheval me dépasse à pied ➡ Si mon cheval me dépasse à pied et devient dangereux, je travaille en contact protégé. Le contact protégé permet d’établir les bases d’une communication tout en nous mettant en sécurité. Autrement, je commence par apprendre à mon cheval à se tenir à mon épaule à l’arrêt avant même de lui demander de me suivre. Je le récompense pour être à côté de moi et je rends cet endroit très agréable. Plus tard, quand ce comportement sera bien appris, je me déplacerai pour que mon cheval me suive. Je cliquerai dès qu’il fera un pas vers moi et je reviendrai à son épaule pour le récompenser. J’alternerai arrêt à l’épaule – marcher – arrêt à l’épaule.

Exemple 3 : Mon cheval bouge à la douche ➡ Je récompense le fait qu’il soit immobile à l’attache sans la douche activée. Ensuite, de manière progressive, je viens allumer l’eau sur ses membres quelques secondes. Je ferme la douche et je récompense. Toujours de manière progressive, j’augmente la durée de la douche puis j’augmente les zones du cheval douchées.


❗ Ce qu’il faut retenir

J’autorise mon cheval à faire des erreurs. Je repère la cause pour ne plus reproduire ce que j’ai pu faire dans le passé et pour ne pas nuire à ce que je vais corriger. Je décompose le comportement que je souhaite améliorer, je sépare les phases et je les recombine.

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